Roger Simons, interview avec Léo Ferré

« Au cours de ma longue carrière radiophonique, j’ai rencontré et interviewé des centaines de  comédiens, metteurs en scène, chorégraphes, romanciers, musiciens, chanteurs...

Je les rencontrais soit chez eux  à Paris ou ailleurs, soit au cours de festivals tels que ceux d’Avignon ou de Cannes. Mieux je les invitais à venir participer à mes émissions publiques  dans les studios de la RTBF Flagey.

J’ai vécu des heures merveilleuses  avec Jeanne Moreau, Sofia Loren, Fanny Ardant, Arletty, Annie Girardot, Juliette Gréco, Yves Montand, Michel Piccoli, Jean Rochefort, Jean-Louis Trintignant, Jane Birkin,  Jean-Claude Brialy, Raymond Devos,  Michel  Serrault,  et d’autres et d’autres... Ce fut le cas avec Léo Ferré que j’ai rencontré plusieurs fois : un homme sincère  profond, quelque peu timide, attachant.  J’ai toujours aimé sa poésie. J’ai toujours aimé l’écouter chanter.

Pour moi, il fait partie de mes bonheurs d’intervieweur.

 

RENCONTRE AVEC LEO FERRE

(extrait d’une interview qui figure dans mon bouquin «  Les feux de la rampe »)

« C’est à trop voir les êtres sous leur vraie lumière qu’un jour ou l’autre nous prend l’envie de les larguer… » (Léo Ferré/ Le Testament Phonographe-Ed.Plasma -1980)

Ce n’est certainement pas ce qui m’est arrivé, tout au contraire.  J’avoue  avoir été intimidé le premier soir lorsque je lui ai tendu le micro…

Ma première question était conventionnelle en diable :

- Où êtes-vous né Léo Ferré ?

Jugez plutôt de sa réponse :

Léo Ferré : Je suis né une métaphore au bec. Je m’aliène dans les mots. Je ne savais pas que je n’étais pas fait comme les autres.

Quand j’ai parlé de la musique auprès de mes parents – j’avais 12 ans - et que j’ai osé dire que je voulais être musicien, j’ai fait grosse impression mais dans un sens négatif …

Allez, je vous raconte une courte histoire.

Un homme : Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Un musicien : Je joue de la trompette …

Un homme (imitant le son de la trompette et se moquant) : Oui, et à part cela, qu’est-ce que vous faites ?

J’ai chanté – dans ma jeunesse - la messe pendant 8 ans au sein  de la Maîtrise de Monaco.

Cela m’a tout de même apporté quelque chose : le péché, une bonne trouvaille érotique !

Mais j’ai aussi découvert – en me produisant dans cette Maîtrise- l’harmonie. C’était une chose extraordinaire !

Le ton était donné. Il ne me restait plus qu’à foncer.

 

Il m’avait été dit la veille, par sa  maison d’édition, qu’il avait   viré une jeune journaliste qui lui avait demandé : « Léo Ferré, vous êtes dans les variétés ? » Et Ferré de lui répondre: « Allez vous faire foutre … » Il y avait de quoi être irrité. Pose-t-on cette question  imbécile à l’un des plus grands poètes du XX e siècle !

-Léo Ferré , vous avez dit un jour : «  Je suis un forain de la morale »...

Léo Ferré : (riant) J’ai dit cela, moi ? Oui. Peut-être. D’accord, mais ma morale à moi. Nous avons tous une morale. Moi, ma morale, c’est de respecter les autres. Alors, je voudrais qu’on me respecte. Comme on ne le fait pas, je gueule comme un âne. Je suis un gueulard !

 

 

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